J.P. : Lorsque j’ai reçu l’invitation de la galerie, l’œuvre Lilith, choisie pour représenter l’exposition, a immédiatement attiré mon attention. Il y a quelque chose de profondément troublant dans la pose de la jeune femme – l’image paraît ambiguë, presque sinistre. On ne comprend pas tout à fait ce qui se passe, et pourtant la tension est palpable. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette œuvre et sur ce qui vous a attirée vers cette image en particulier ?
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N.M.F. : Dans ce dessin, vous voyez l’actrice française Jean Seberg. J’ai été complètement fascinée par les épreuves terribles qu’elle a dû traverser dans sa vie. Dans la scène elle-même, il n’y a rien de véritablement sinistre – elle est simplement dans un lac, regardant son reflet. Mais c’est précisément cette ambiguïté qui m’a poussée à choisir ce photogramme. Il peut signifier beaucoup de choses.
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Dans le film, elle lutte avec sa santé mentale, et lorsque l’on combine cette histoire avec ce que nous savons de sa vie, l’image prend un poids différent. La composition, l’histoire du film, la biographie de l’actrice – tout cela se rejoint pour moi. C’est là que réside la puissance.
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Il y a aussi quelque chose dans cette image qui évoque presque une peinture historique, comme si elle avait pu être réalisée il y a plusieurs centaines d’années. On ressent une fragilité – femme-enfant, innocence et vulnérabilité – suspendue dans le temps.
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J.P. : Lorsque j’ai découvert l’œuvre, j’ai immédiatement pensé à Paula Rego – en particulier à l’intensité psychologique de ses figures féminines, qui habitent souvent des espaces ambigus et théâtraux, entre puissance et vulnérabilité. Voyez-vous une affinité avec son travail ?
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N.M.F. : Oui, en fait, c’est une artiste que j’ai mentionnée dans mon discours lors du vernissage de l’exposition. Elle m’intéresse beaucoup, surtout en tant que mère et en tant qu’artiste femme. J’ai lu une fois une interview où elle expliquait que tant de choses dans la vie semblaient être du simulacre – être mère, être épouse – presque comme jouer un rôle. Et que le seul moment où elle avait le sentiment de vraiment vivre était lorsqu’elle était seule dans son atelier.
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Cette idée m’a profondément marquée. Je la trouve très puissante – que l’atelier devienne le seul lieu de vérité absolue. C’est quelque chose avec lequel je me sens profondément en lien.





